La télé-réalité, Plus Belle La Vie, les téléfilms français, Benjamin Castaldi... On le sait, la télévision est devenue un véritable dépotoir où s'entrechoquent des ignominies diverses à faire pâlir les sept plaies d'Egypte. Certaines chaînes sont même devenues des références en la matière, de TF1 à M6, sans parler de l'infâme TNT et ses NRJ 12 ou NT1. Bien sûr, on pourrait me répondre: "dans ce cas, si tu n'aimes pas la télé, pourquoi la regardes-tu ?". Regarder est un bien grand mot, mais, admettons. Si je ne m'intéresse pas un tant soit peu à la boîte à images, comment pourrais-je la critiquer ? Là est le cercle vicieux du chroniqueur, même amateur: subir pour mieux détruire.

Il m'arrive donc, comme tout un chacun, de me laver le cerveau devant certaines immondices télévisuelles françaises. Certes pas au point de suivre Les Anges de la Télé-Réalité, mais des immondices de niveau moyen, dirons-nous. Et j'ai pu constater du fait depuis quelques temps un nouveau phénomène relatif à toutes les grandes chaînes ou presque: les émissions spéciales enfants. Le principe est simple: on prend des divertissements TV déjà existants, mais en les adaptant à la sauce mioches. Imaginez donc le carnage lorsque les formules "normales" de ces émissions sont déjà à la limite du supportable... ! La nouvelle idée de génie du genre qui s'apprête à venir pourrir nos écrans télé s'appelle The Voice Kids. Tout le monde connait déjà The Voice, à savoir un concours de chant où les candidats viennent satisfaire leur quart d'heure de gloire devant un jury ayant le dos tourné, et qui se retourne lorsque la prestation lui plait. La version française normale de cette émission est déjà largement faisandée, la faute à un jury de qualité discutable, un présentateur caricatural, et une avalanche de chansons populaires souvent emmerdantes. Oui mais, le téléspectateur n'est désormais plus au bout de ses surprises. Car cette fois, The Voice acceuille des chiards. Dès six ans. Je vois d'ici le tableau: une série de gosses braillards vocalement insupportables et massacrant une mièvrerie quelconque de Céline Dion ou de Goldman. Evidemment, une majorité de minettes pour lesquelles les jurés se seront retournés choisiront Jenifer, après que celle-ci leur ait dit douze fois à quel point elles étaient trop choues et impressionnantes pour leur âge. Avouez, ça fait rêver ! J'imagine qu'il s'agit pour la plupart de gosses poussés par leurs parents frustrés de n'avoir jamais fait carrière: permettez-moi de me demander comment on peut avoir envie, à 6/7 ans, de chanter devant des millions de gens... ?

Certes, l'expérience n'est pas nouvelle: on pense évidemment à L'Ecole des Fans, cette kitscherie d'un autre siècle où nos têtes à claques venaient livrer leurs performances vocales pour le plus grand plaisir du gros camescope des parents présents dans la salle. Il faut savoir que cette émission ringarde a refait surface - et Philippe Risoli avec, pauvre de nous - sur la chaîne spécialiste de la télé miochée, à savoir Gulli. Tiens, Gulli, parlons-en de celle-là. Chaîne de la TNT destinée à la jeunesse, et qui propose du fait quelques divertissements et jeux où ce sont les enfants qui participent. Preuve que de nos jours, l'invasion télévisuelle des gosses ne se limite plus aux concours de chant. Toutefois, on pardonnera aisément Gulli, qui s'affiche clairement comme une chaîne visant un jeune public. Ce qui est réellement idiot et insupportable là-dedans, c'est que les autres grandes déchetteries de la télé s'y soient mises.

C'est bien simple: des émissions spéciales gosses, il y en a partout et pour tous les goûts, aujourd'hui ! Je prends l'exemple de Masterchef Junior. Oui, vous ne rêvez pas: une émission de cuisine (encore une)... pour les drôles. Le business de la télé enfantine semble pouvoir envahir tous les genres de programmes et doit sans doute rapporter gros, encore que je me demande comment des gens peuvent avoir quelque chose à foutre de ces émissions déclinées. Elles doivent viser, j'imagine, un public de ménagères ou de mamies solitaires qui s'émerveillent devant la mignonnerie de ces petits êtres en train de cuisiner. Les mêmes, peut-être, qui envoient des SMS à des émissions comme Incroyable Talent pour faire gagner des gosses certes doués mais qui ne méritent aucunement la victoire face à d'autres candidats.

Il me restait à évoquer le pire cas de télé miochée que je connaisse. Si je vous demande de me nommer un animateur beauf et lourdingue, vous me répondez... ? Mais oui ! Patrick Sébastien ! Nul doute que ce monsieur atteint son sommet de nunucherie crasse - hors chansons, bien sûr - lors de ses Plus Grand Cabaret Du Monde consacrés aux enfants. Il faut avoir regardé ça au moins une fois dans sa vie: on parle d'un grand moment d'hilarité. Chaque enfant qui se présente fait monter un peu plus le running-gag. Car pour chacun d'entre eux, le gros Patrick ne manque jamais de rajouter un "tu sais que je connais très bien ta maman ! C'est une femme formidable, ta maman, hein. On l'a déjà reçue plusieurs fois ici, ta maman, d'ailleurs ! Je me la suis même tapé, ta...". Comprenez par là que l'animateur ne choisit pas ses jeunes invités au hasard. Ses émissions pour enfants font la part belle au piston et à un certain favoritisme. Papa est producteur, maman est une grande amie, viens donc chanter Les Sardines ! Un sommet de complaisance mal placée, un peu à l'image du bonhomme finalement.

Passés tous ces exemples, on pourrait me répondre que ces émissions de gosses restent malgré tout assez inoffensives. Que l'on ne patauge pas dans le voyeurisme pervers de la télé-réalité, ni même dans certains jeux TV à la morale douteuse. C'est vrai. D'ailleurs, cet article n'a pas pour but de dénoncer ce genre de choses, mais seulement d'exprimer un certain ras-le-bol face à une manie actuelle ridicule. Simplement, la connerie télévisuelle connait de moins en moins ses limites, et, le développement de la télé miochée aidant, il ne serait pas étonnant que l'on se retrouve dans quelques années face à la première émission de télé-réalité mettant en scène des enfants. On pourrait, par exemple, suivre le quotidien des gamins dans une école, et le gagnant serait le plus populaire de la classe. La gagnante serait celle qui a fait le plus de bisous sur la bouche aux garçons. A moins que ne se présente un jour sur nos écrans un Maillon Faible pour les enfants, on l'on apprendrait dès le plus jeune âge aux mômes à se servir du voisin pour amasser de l'argent, avant de s'en débarrasser comme une merde pour tout remporter. Certes, j'imagine ici les cas les plus extrêmes et immoraux, qui, espérons-le, ne sont pas prêts de se faire. En attendant, il y en a définitivement marre de ces enfants venant envahir le poste !

Remarquez, en nous donnant envie d'éteindre la télé, ils sont peut-être une bénédiction.